2026

1er prix


Vincent Leurquin

Les feuilles mortes

23 octobre 1913 - Louis

Très chère Jeanne,

Enfin, je vole de courts instants pour vous écrire ces quelques mots. Depuis que j’ai quitté le domaine, le temps ici s’est comme emballé et, dans la promiscuité des casernes, je n’ai que très peu de temps pour moi.

Les longs moments passés tous les deux début septembre dans notre petit bois me semblent déjà si loin : la hêtraie et notre clairière si bien cachée, la douceur de nos baisers sous le grand chêne, l’odeur humide de l’humus lorsque nos deux corps écrasaient notre lit de feuilles et de champignons. Je sais que pendant quelques mois, nous n’irons plus au bois. Mais ce n’est que partie remise, je vous en fais la promesse.

Ici, la vie de conscrit n’est pas de tout repos. J’avoue avoir un peu de mal avec mes congénères. La plupart ne savent ni lire ni écrire et leur conversation est si pauvre ! Dire que je vais devoir supporter cette compromission pendant trois longues années.

Mon voisin de chambrée, un breton pure souche, s’appelle Léon Le-Hir, mais tout le monde le surnomme « La Hure », un sobriquet que je lui ai donné avec, je l’avoue, un brin de malice, tant il ressemble aux sangliers de nos forêts. Hirsute, râblais, grognant plus qu’il ne parle, incapable d’aligner trois mots à la suite. Et bien entendu, totalement analphabète. Il cite Dieu à tout bout de champ et ça m’insupporte. La nuit, il ronfle si fort et avec tellement d’ardeur, qu’il met mes nerfs à rude épreuve. Hier, pendant mon sommeil, j’ai rêvé que je l’abattais d’un coup de fusil, avant d’accrocher sa grosse tête noiraude au-dessus de la cheminée du salon. J’ai bien demandé à l’adjudant de changer de lit, mais j’ai reçu vertement une fin de non-recevoir. Je n’ai pas insisté.

Sinon, les journées s’enchaînent, faites de manœuvres et de longues marches au pas cadencé. Nous n’apprenons que très peu à tirer. Et encore moins à tirer juste. Il paraît que nous devons économiser nos munitions. J’ai reçu un Lebel, sur lequel je dois veiller comme sur la prunelle de mes yeux. Tous les soirs, il me faut le bichonner, le démonter, le graisser et le remonter. Il dort dans mon lit, à côté de moi, comme une maîtresse redoutable. Mais ne soyez pas jalouse, c’est vous qui occupez toutes mes pensées.

Comment allez-vous, ma douce amie, et comment se porte notre domaine ? Allez-vous toujours au bois ? Je vous serre sur mon cœur et attends avec impatience de vos nouvelles. Vous me manquez tant.

 

12 mars 1914 – Jeanne

Mon doux Louis,

Ici, l’hiver n’en finit plus. Les murs sont humides, la maison pleure votre absence. La chambre semble vide sans vous, et le lit bien trop grand. Tout est comme engourdi de sommeil. Il ne subsiste que l’empreinte de votre odeur qui hante chaque pièce, chaque meuble, chaque souvenir. Sans vous, je mène une demi-existence.

Depuis votre venue pour Noël, je n’ai plus aucune nouvelle. Allez-vous bien ? Que faites-vous de vos journées et de vos nuits ? Vous êtes-vous fait des amis ? J’ai tant ri de vos histoires de chambrée, et j’imagine fort bien votre tête, la première fois que vous avez découvert Léon, votre coreligionnaire, affalé sur le grabat qui jouxte le vôtre. Mon pauvre ami, comme je vous plains ! Mais je sais également que vous aimez la vie militaire, le son du clairon et le lever des couleurs.   

Parfois, je me dis que vous avez bien de la chance de vivre à la ville. Vous devez avoir tant de choses à découvrir, tant de sollicitations. Tandis que de mon côté, je suis contrainte de rester à la campagne, sans autre occupation que d’attendre vos lettres, ou de me promener dans notre petit bois. À force de l’arpenter, je crois en connaitre tous les recoins, chaque bosquet, chaque taillis, chaque sente. Ses habitants s’invitent parfois à mes flâneries. Je me suis presque liée d’amitié avec une famille de renards roux qui a élu domicile près de notre clairière. Comme il y a moins d’hommes au village pour les chasser, les animaux se montrent davantage. Je sais que vous aimez la chasse, mais cette présence animale, dans ces lieux où vous et moi avons vécu tant de belles choses, est un vrai réconfort !

Louis, j’ai hâte de vous faire découvrir, en famille, le chant de vos futaies, la forêt comme probablement vous ne l’avez jamais connue. Je vous l’assure, vous n’irez plus au bois de la même manière.

Je vous parle de famille car j’ai une excellente nouvelle à vous annoncer, mon amour : vous allez être père. Je voulais profiter de votre prochaine permission pour vous le dire, mais je n’en peux plus d’attendre. Hier, j’ai vu le docteur Jeanblain.  Notre enfant est prévu pour septembre. Ce sera un garçon, beau et fort comme son père, j’en ai la certitude. Et nous serons les parents les plus heureux du monde. Peut-être pourrez-vous faire valoir votre rôle de soutien de famille et ainsi réduire votre temps sous les drapeaux. Je sens que notre avenir sera magnifique. Quand revenez-vous ? J’ai besoin de vos bras, je veux sentir vos baisers au creux de ma nuque, mon corps réclame votre chaleur.

 

 28 août 1914 - Louis

Mon tendre amour,

Comment va mon petit soldat ? Joue-t-il toujours au jeune tambour dans le ventre de son adorable maman ?

Ici, c’est le branle-bas de combat. L’ennemi est à nos portes. Mais nous faisons face. Nous sommes prêts ! Vous savez comme j’étais réticent lorsque Aristide Briand a décrété un Service national de trois ans. M’éloigner de mes terres, de mes bois et de vous m’était insupportable. Mais je vois aujourd’hui que notre gouvernement avait raison.   

Je vais bien, et je suis confiant. Depuis le début du mois, j’ai le grade de caporal. Dans la pratique, cela change peu de choses, si ce n’est ce petit chevron distinctif que j’arbore fièrement sur mon uniforme. Tout de même, je sens que je suis fait pour le commandement. Je ne suis aujourd’hui qu’un simple sous-officier sorti du rang, mais les combats offriront de nombreuses occasions de montrer ma valeur. Peut-être que lorsque je reviendrai au domaine, je serai devenu capitaine.

Nous avons changé d’adresse et je ne pourrai malheureusement pas être à vos côtés pour l’arrivée de notre fils. C’est un crève-cœur, j’en aurais pleuré. Mais la Patrie a besoin de tous ses enfants et je sais que vous comprendrez.

Nous sommes dorénavant basés près de Meaux, une région magnifique faite de pâturages et bosquets touffus. Je suis certain que vous adoreriez. Les paysans sont très accueillants, bien que nous occupions leurs terres. Heureusement les foins avaient été coupés, alors nous ne les gênons pas outre mesure. Tout de même, j’ignore comment les nôtres auraient réagi devant tant de jeunes hommes en goguette. A coup sûr, ils auraient caché leurs filles.

Je sais qu’avant quelques semaines, nous n’irons plus au bois, tous les deux. Alors, dès que je peux grappiller un peu de temps, j’arpente la forêt environnante en pensant à vous. Les essences d’arbres ne sont pas les mêmes et je n’ai pas retrouvé notre clairière, mais qu’importe. Parfois, quand je ferme les yeux, il m’arrive de sentir votre présence tout près de moi. Bien sûr, hors de question de parler de ces choses avec le reste de la troupe. Un sous-officier se doit d’être fort pour être respecté, et j’ai peu d’amis.    

Le gibier abonde, mais comme nos balles sont comptées, impossible de chasser dans les règles de l’art. Alors, forcé et contraint, je me suis mis à la braconne. Pas si simple, mais j’ai dans ma compagnie des experts en la matière. Ceux-là même que je pourchassais sur nos terres, il y a peu. La Hure nous approvisionne régulièrement en lapins de garenne qui viennent fort à propos améliorer nos rations de campagne.  

Dans peu de temps, je serai dans vos bras, de retour pour toujours. Nous sommes les plus forts et la guerre fera long feu. J’ai confiance en nos généraux. Ils sauront nous amener à la victoire avec un minimum de pertes. J’ai hâte de découvrir notre enfant que j’imagine déjà courant dans nos bois. Soyez courageuse, mon amour, ce n’est qu’un contretemps et la vie s’annonce magnifique.

 

Février 1915 - Jeanne

Très cher Louis, mon amour,

Comment allez-vous ? Les nouvelles du front sont bonnes. Les journaux disent que la victoire est proche, que les Allemands sont bloqués, proches de capituler. Mais j’ai le sentiment que la réalité n’est pas si rose. Au village, nous comptons nos premiers morts. Et chaque fois que j’entends le facteur sonner, mon cœur s’affole à l’idée d’une lettre annonçant votre disparition. Mais je ne devrais pas parler ainsi.

Henriette se porte bien, et occupe toutes mes journées. Du haut de ses cinq mois, elle réclame beaucoup d’attention. Je peux enfin dormir un peu plus longtemps entre deux tétées. Je sais que vous auriez préféré que je vous donne un fils.  N’ayez crainte, notre famille s’agrandira. Je trouve que votre fille vous ressemble de plus en plus.

Ici, depuis novembre, il pleut sans discontinuer. Notre terre est gorgée d’eau et je crains qu’il ne gèle, ce qui serait dramatique pour les bêtes. Nos métayers sont venus me voir la semaine dernière pour que je décide s’il fallait les rentrer à l’étable malgré le manque de fourrage. C’est dans ces situations-là que votre absence se fait encore plus ressentir. J’ai décidé de laisser nos vaches aux champs, en priant pour que le temps reste doux, à défaut d’être sec. L’année prochaine il faudra rentrer davantage de foin. J’espère avoir pris la bonne décision.

Avec cette pluie, nous n’allons plus au bois. Les tourbières inondées rendent son accès quasi impraticable avec un nouveau-né. Tant pis, Henriette découvrira ses terres avec vous, au printemps.

Vous trouverez dans cette lettre, une petite tête de renard que j’ai sculptée en pendentif, à partir d’une branche de notre grand chêne. Elle vous accompagnera dans vos moments de doute, et vous rappellera notre petit bois.

Je me suis prise d’une affection toute particulière pour la famille de renards qui vit près de la clairière, et dont je vous ai déjà parlée dans une de mes précédentes lettres. Souvent, je nous y vois. J’imagine l’harmonie de notre vie future, loin de la barbarie de la guerre. Je rêve de plus en plus fréquemment d’une île qui aurait l’apparence de notre clairière, perdue dans l’océan vert de la forêt. Nous y sommes à l’abri, insouciants et heureux. Hier, nous sommes nous-mêmes devenus renards et avons élu domicile à l’ombre de notre grand chêne. Quand je me suis réveillée, j’étais heureuse. Cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps.

Avez-vous remarqué la petite trappe au revers du pendentif ? J’ai bataillé dur pour la réaliser. Mais j’y tenais absolument. Elle contient une petite mèche de cheveux d’Henriette. Quand vous la porterez sur votre poitrine, cette petite sculpture vous portera chance. Elle vous permettra de nous revenir sain et sauf.

Je vous en conjure, Louis, mon amour :  n’allez pas faire de folies. Soyez comme les renards de mes rêves : rusé, attentionné et prudent. Je vous embrasse de tout mon cœur.  

 

Juin 1915 - Louis

Jeanne, mon adorée,

Tout d’abord, je tiens à vous rassurer, je vais bien. Je ne suis pas blessé et je me repose enfin à l’arrière du front. Il paraît que nous avons gagné la bataille, mais à quel prix ! La campagne, encore magnifique il y a quelques semaines à peine, n’est plus que ruine et désolation. L’odeur de la mort se mêle à celui du chlore.

Lorsque nous sommes arrivés, tout était vert, le blé était déjà haut et la moisson s’annonçait exceptionnelle. La boue avait enfin séché. Mais, comme à son habitude, notre état-major nous a demandé de creuser. Alors nous avons pris nos pelles et nous avons défiguré les champs avec nos longues saignées. Les forêts, les bosquets, la moindre futaie ont été coupés pour étayer les tranchées. En face, l’armée ennemie a fait de même, et nous sommes devenus deux nations de taupes entourées de rats. Ici, pendant de longues années, nous n’irons plus au bois. C’est certain.

Pendant quelques jours, il ne s’est rien passé. L’ennui a succédé à l’ennui, et avec lui un semblant d’humanité a vu le jour. Les rires ont refait leur apparition, d’abord ténus, presque honteux, puis plus francs à mesure que les journées s’allongeaient. Les plus hardis parlaient d’avenir.

Un après-midi, l’ennemi a attaqué. J’étais couché à même le sol dans l’abri réservé aux sous-officiers. Je me reposais d’une longue garde, occupé à relire votre dernière lettre, quand les hommes de ma compagnie se sont mis à suffoquer. Un brouillard verdâtre s’est infiltré dans les tranchées voilant totalement le soleil printanier. Il avançait, inexorable. En quelques minutes, la moitié de ma section est tombée sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré. La gorge en feu, les bronches à vif, les yeux sortant littéralement de leurs orbites, ils succombaient, asphyxiés, dans d’atroces douleurs. En ma qualité de sergent, je disposais d’un masque à gaz. C’est probablement ce qui m’a sauvé la vie. Nous avons dû battre en retraite pour panser nos plaies. Le lendemain, nous sommes repartis au combat. Et ce fut un mois d’avancées et de reculades, au prix de morts innombrables, dans une atmosphère chargée de gaz toxique.

Depuis quelques jours les combats ont cessé. Mais de ma section ne restent plus que La Hure et moi. A plusieurs reprises nous nous sommes mutuellement sauvé la vie. Léon est un être tout à fait exceptionnel ! C’est le plus grand optimiste que je connaisse devant l’Eternel. Rien des horreurs que nous subissons ne semble l’atteindre. Il garde une confiance aveugle dans l’avenir. Et nous parlons beaucoup. Je lui lis les lettres que lui envoie sa marraine de guerre car il ne sait pas lire, n’ayant pas suffisamment fréquenté les bancs de l’école. En retour, il me raconte son pays, ses légendes, ses mystères. C’est un formidable conteur. Hier, il m’a décrit sa forêt, nichée dans un coin reculé de Bretagne, le berceau de Merlin, de Morgane et des Chevaliers de la Table ronde. Une forêt moussue faite de grands chênes et de hêtres centenaires, entrecoupés par des blocs de granit gigantesques, remontés des entrailles de la terre. Les fougères tricotent des manteaux sur les moindres pierres, le végétal se confond avec le minéral, au son cristallin des ruisseaux. C’était tellement beau à écouter, si reposant, que pendant un long moment, j’en ai oublié les combats. Je crois que je vais tenter de lui apprendre à lire et à écrire.

Loin du front, les heures d’obscurité, le silence ensommeillé, si terriblement calmes, si tendus par l’absence, me sont devenus presque insoutenables... Le bruit des tranchées me manque et cela me fait peur. Est-ce que je pourrai encore dormir dans un lit ? Je suis tellement habitué à le faire à même le sol. Ce que je sais me renvoie inexorablement à ce que j’ignore. Saurai-je vous retrouver ? Saurai-je ME retrouver ?  

J’espère pouvoir revenir vous voir pendant l’été, mais les permissions sont régulièrement ajournées. La guerre s’enlise et pourrait durer encore longtemps.

 

Décembre 1915 - Jeanne

Mon tendre amour,

Un homme est venu la semaine dernière. Une sorte de marchand, un bougnat, ou quelque chose d’approchant. En tout cas un profiteur de guerre. Relativement jeune, dans la force de l’âge. Pourquoi n’est-il pas au front ? Il voulait nous acheter nos bois à vil prix, afin, m’a-t-il dit, de sa voix mielleuse, de produire du charbon pour nos forces armées. C’est son odeur qui m’a sauté au visage, dans la pénombre de la porte d’entrée. Un mélange de suif et de sueur, à la fois aigre et sucré, bien mal masqué par un parfum bon marché malgré le froid de décembre. Il a fait quelques pas, comme pour bloquer la porte. Et son sourire carnassier m’a donné un haut-le-cœur. J’ai juste eu le temps de me saisir de votre fusil et je l’ai chassé de notre maison. Mais le regard qu’il m’a lancé en partant m’a fait froid dans le dos.

Hier, ce sont les gendarmes qui ont frappé à la porte, accompagnés du même bougnat mielleux. Engoncés dans leur uniforme, ils m’ont tendu, visiblement gênés, un courrier officiel du Ministère indiquant que nos forêts étaient réquisitionnées sine die, que je pouvais, bien entendu faire appel, mais que celui-ci ne pouvait en aucune manière être suspensif. La raison d’Etat a bon dos, mais j’étais bien forcée de me soumettre.

Le petit bois ne nous appartient plus et les bûcherons n’ont pas tardé à faire leur sinistre office. J’ai pensé à ma petite famille de renards qui n’ira plus au bois. Et nous non plus. Je me suis effondrée.

Réduire en charbon de bois le pan le plus important de notre histoire est une abomination, une perspective à laquelle je ne peux me résoudre. Notre premier baiser, le berceau de notre petite Henriette, mon refuge en votre absence, tout cela parti en fumée.  Décidément cette guerre est une abomination, elle détruit tout !

Revenez-moi vite, mon amour, Je n’ai jamais eu autant besoin de vous !

 

Mars 1916 – Léon

Chère Jeanne                                                               

C’est Léon, le compagnon d’armes de Louis. Enfin, c’est pas vraiment moi qui écris, hein. Vous savez, moi j’ai pas appris. Louis voulait essayer, mais Dieu me pardonne, c’était vraiment trop dur.

Jeanne, j’ai une triste nouvelle à vous dire. Louis est mort. Ce matin. Notre capitaine nous a demandé de prendre cette fichue colline. Encore une fois. C’est là qu’il est mort. D’une balle dans la poitrine. Sainte Mère de Dieu !

Il a pas souffert. J’étais avec lui quand il est tombé. Je l’ai pas quitté. J’étais là jusqu’au bout, et j’ai prié pour que Dieu ait son âme.

Ses dernières pensées étaient pour vous. Et aussi pour votre fille. Il en parlait tout le temps. Dame, il nous saoulait avec. Mais c’était bien.

Louis, c’était mon ami, mon frère. Pardieu, comme je l’aimais ! On était pas pareils, pour sûr. On était pas du même monde. On aurait jamais dû se trouver. Mais voilà, Dieu merci, on aimait tous les deux nos forêts. Ça nous a rapprochés. Et aussi ces foutues tranchées.  

Ces derniers jours, il était triste. A cause de votre petit bois qui a disparu.

Je l’ai vu pleurer comme une madeleine. Dieu du ciel ! C’était la première fois.

Et puis la colère : il disait qu’on était tous devenus des monstres.

Moi, je crois que tout va s’arranger. Je peux pas m’en empêcher. Même aujourd’hui, avec la mort de Louis.

Un jour, la guerre, elle va finir, c’est pour sûr. La forêt, elle va renaître, comme après le Déluge. Et vous pourrez de nouveau aller au bois, avec Louis dans votre cœur. Un jour, si j’ai la chance et si Dieu le veut, je rentrerai au pays. Moi aussi, j’irai au bois.

Je mets dans l’enveloppe la petite tête de renard. Louis la gardait toujours sur son cœur, comme un trésor sacré. Il me disait que c’était un symbole d’éternité. Il m’a tellement appris…

Jeanne, je viendrai vous visiter. Très bientôt. Je vous promets. Et on parlera de Louis !